Confessions d’une ex-boulimique

Mis à jour : 24 févr. 2020

Pendant vingt ans, Nathalie a souffert de dérèglements alimentaires et dépendu du regard des autres. Avant de comprendre qu’elle pouvait vivre et s’en sortir seule…


« Il y a des signes qui ne trompent pas. Dans mes placards, je ne fais plus attention à ce que j’achète. Je peux même garder du saucisson ou du fromage dans mon réfrigérateur sans craindre de drame. Cela fait 13 ans que je n’ai pas fait de « crise » et je ne compte pas recommencer. Toutes ces souffrances sont derrière moi. Aujourd’hui, mon expérience doit surtout éviter à d’autres de souffrir…


Tout a commencé à l’âge de 17 ans, durant une année scolaire difficile.


Sans m’en rendre compte, j’ai accumulé quelques kilos en trop dans les joues et sur le ventre. Gourmande de nature, je ne faisais pas attention à ma ligne. Boire un litre de soda ou manger un camembert ne m’effrayait pas ! Presque tous les soirs de la semaine, après l’école, je prenais la direction de la cuisine pour un moment doux et délicieux… sans modération. Cela ne m’a pas dérangée jusqu’à l’été suivant quand, à la plage, mon maillot deux-pièces m’a semblé soudain indécent. C’était parti pour le premier régime de ma vie et une spirale infernale. Mes parents n’ont rien remarqué. J’ai pourtant grandi dans une famille aimante, où je ne manquais de rien. Parfois, ma mère me tenait des propos maladroits, mais il y a pire comme situation. Étais-je plus fragile que les autres adolescents ? Peut-être… Depuis l’enfance, je sentais que j’avais du mal à trouver ma place. D’une certaine façon, j’ai craqué en classe de première. À la fin des cours, pas le temps de prendre un café ou de fumer une cigarette avec les autres : je me précipitais à la boulangerie ou dans un fast-food. À la maison, mes parents rentraient vers 20 heures. J’étais devenue boulimique sans oser me l’avouer.


Les crises se sont espacées quand je suis tombée amoureuse d’Alexandre.


Après mes études, j’ai espéré que ma nouvelle indépendance me donne un souffle de liberté. J’ai rencontré un beau garçon, et notre amour me paraissait indestructible. À lui, pas plus qu’à ma meilleure amie, je n’ai confié mon mal-être passé et pas si lointain. J’ai voulu croire, à tort, que tout cela était derrière moi. Après tout, Alexandre m’aimait alors pourquoi aurais-je cherché d’autres substituts puisqu’il m’apportait tout ce dont j’avais besoin ? Mais la vie est plus compliquée que cela. Dès qu’Alexandre s’absentait pour le travail, je me faisais vomir à nouveau. Dès qu’il n’était pas là, je me mettais à imaginer qu’il pourrait me quitter et cette angoisse me donnait envie de manger. Vomir était ma façon de gérer et d’évacuer mes angoisses. À l’extérieur, je jouais à la perfection le rôle d’une femme forte, solide et pleine de confiance que je n’étais pas. La vie était belle, pourtant. Nous nous sommes mariés et avons fondé une famille. Je suis devenue la mère comblée d’une adorable petite fille. J’ai eu l’impression que porter un enfant m’avait guérie. En vain, encore… Dès que j’ai arrêté d’allaiter, les crises ont repris. Le soir, je quittais la chambre d’Émilie pour la cuisine. Mon cerveau n’avait rien oublié : une fois mon estomac rempli, je le vidais instantanément. Alexandre ne se doutait de rien et notre couple a lentement décliné. Il a suffi qu’il me trompe une fois pour que je quitte cet homme que j’aimais plus que tout. Je préférais recracher toute ma misère la tête au-dessus de la cuvette…


Heureusement, il y a eu la crise de trop. Émilie avait 8 ans.


Un soir comme beaucoup d’autres, je me suis sentie vaciller sous le poids de ce que je venais de manger. Hagarde, j’ai titubé vers les toilettes… et je me suis évanouie. Je me suis réveillée le matin suivant, étendue dans ma flaque de vomi. Non seulement ma fille aurait pu me retrouver ainsi, mais j’ai réalisé que j’aurais pu mourir. Pour la première fois de ma vie, je me suis confiée à mon médecin généraliste qui m’a suggéré de suivre une thérapie. Je devais rester solide et déterminée pour voir grandir mon enfant. À mon psy, j’ai expliqué comment je vivais dans le regard des autres. Ces séances m’ont fait du bien même si je les ai sans doute interrompues trop tôt. Au bout d’un an, j’ai arrêté après avoir pensé retrouver l’amour. Sans pouvoir me