Confessions d’une ex-boulimique

Mis à jour : févr. 24

Pendant vingt ans, Nathalie a souffert de dérèglements alimentaires et dépendu du regard des autres. Avant de comprendre qu’elle pouvait vivre et s’en sortir seule…


« Il y a des signes qui ne trompent pas. Dans mes placards, je ne fais plus attention à ce que j’achète. Je peux même garder du saucisson ou du fromage dans mon réfrigérateur sans craindre de drame. Cela fait 13 ans que je n’ai pas fait de « crise » et je ne compte pas recommencer. Toutes ces souffrances sont derrière moi. Aujourd’hui, mon expérience doit surtout éviter à d’autres de souffrir…


Tout a commencé à l’âge de 17 ans, durant une année scolaire difficile.


Sans m’en rendre compte, j’ai accumulé quelques kilos en trop dans les joues et sur le ventre. Gourmande de nature, je ne faisais pas attention à ma ligne. Boire un litre de soda ou manger un camembert ne m’effrayait pas ! Presque tous les soirs de la semaine, après l’école, je prenais la direction de la cuisine pour un moment doux et délicieux… sans modération. Cela ne m’a pas dérangée jusqu’à l’été suivant quand, à la plage, mon maillot deux-pièces m’a semblé soudain indécent. C’était parti pour le premier régime de ma vie et une spirale infernale. Mes parents n’ont rien remarqué. J’ai pourtant grandi dans une famille aimante, où je ne manquais de rien. Parfois, ma mère me tenait des propos maladroits, mais il y a pire comme situation. Étais-je plus fragile que les autres adolescents ? Peut-être… Depuis l’enfance, je sentais que j’avais du mal à trouver ma place. D’une certaine façon, j’ai craqué en classe de première. À la fin des cours, pas le temps de prendre un café ou de fumer une cigarette avec les autres : je me précipitais à la boulangerie ou dans un fast-food. À la maison, mes parents rentraient vers 20 heures. J’étais devenue boulimique sans oser me l’avouer.


Les crises se sont espacées quand je suis tombée amoureuse d’Alexandre.


Après mes études, j’ai espéré que ma nouvelle indépendance me donne un souffle de liberté. J’ai rencontré un beau garçon, et notre amour me paraissait indestructible. À lui, pas plus qu’à ma meilleure amie, je n’ai confié mon mal-être passé et pas si lointain. J’ai voulu croire, à tort, que tout cela était derrière moi. Après tout, Alexandre m’aimait alors pourquoi aurais-je cherché d’autres substituts puisqu’il m’apportait tout ce dont j’avais besoin ? Mais la vie est plus compliquée que cela. Dès qu’Alexandre s’absentait pour le travail, je me faisais vomir à nouveau. Dès qu’il n’était pas là, je me mettais à imaginer qu’il pourrait me quitter et cette angoisse me donnait envie de manger. Vomir était ma façon de gérer et d’évacuer mes angoisses. À l’extérieur, je jouais à la perfection le rôle d’une femme forte, solide et pleine de confiance que je n’étais pas. La vie était belle, pourtant. Nous nous sommes mariés et avons fondé une famille. Je suis devenue la mère comblée d’une adorable petite fille. J’ai eu l’impression que porter un enfant m’avait guérie. En vain, encore… Dès que j’ai arrêté d’allaiter, les crises ont repris. Le soir, je quittais la chambre d’Émilie pour la cuisine. Mon cerveau n’avait rien oublié : une fois mon estomac rempli, je le vidais instantanément. Alexandre ne se doutait de rien et notre couple a lentement décliné. Il a suffi qu’il me trompe une fois pour que je quitte cet homme que j’aimais plus que tout. Je préférais recracher toute ma misère la tête au-dessus de la cuvette…


Heureusement, il y a eu la crise de trop. Émilie avait 8 ans.


Un soir comme beaucoup d’autres, je me suis sentie vaciller sous le poids de ce que je venais de manger. Hagarde, j’ai titubé vers les toilettes… et je me suis évanouie. Je me suis réveillée le matin suivant, étendue dans ma flaque de vomi. Non seulement ma fille aurait pu me retrouver ainsi, mais j’ai réalisé que j’aurais pu mourir. Pour la première fois de ma vie, je me suis confiée à mon médecin généraliste qui m’a suggéré de suivre une thérapie. Je devais rester solide et déterminée pour voir grandir mon enfant. À mon psy, j’ai expliqué comment je vivais dans le regard des autres. Ces séances m’ont fait du bien même si je les ai sans doute interrompues trop tôt. Au bout d’un an, j’ai arrêté après avoir pensé retrouver l’amour. Sans pouvoir me retenir, mon psy a juste suggéré que je reportais peut-être mon problème sur un autre homme. Il m’a demandé de faire attention et il avait raison. Très vite, je me suis retrouvée dans une relation toxique, dépendante d’un homme et de ses désirs. Cependant, cette fois, j’ai eu la force de me prendre en main et de le quitter. Ma thérapie m’aura au moins montré que j’étais beaucoup plus forte que je ne le pensais. Et, surtout, que je pouvais vivre seule… J’ai enfin compris que le bonheur n’était pas à l’extérieur mais à l’intérieur de moi. Je voulais aussi que ma fille soit fière de sa mère. Le plus beau cadeau que je puisse lui faire était de partager ma force nouvelle avec elle.

Aujourd’hui, ma fille est grande. Elle ne sait que depuis peu ce que j’ai vraiment traversé et me trouve très courageuse. Sa réaction m’a bouleversée. Parce que la boulimie est un sujet tabou, j’ai aussi écrit un livre* pour aider les autres. Désormais, la solitude ne me fait plus peur et je sais que je peux tout surmonter. J’ai même arrêté d’en vouloir aux autres. Je suis responsable de mon bonheur et compte bien y travailler ! »


Nathalie/


* Qui m’aime me sauve, de Nathalie Delassy, ed. Seramis

Dr Yves Simon, spécialiste des troubles alimentaires de l’adolescent*

« Le rôle des parents est fondamental »


« Contrairement, à ce que l’on croit souvent, des dérèglements alimentaires peuvent survenir dans n’importe quel type de famille. Les parents doivent être très vigilants car c’est une maladie qui se développe de façon sournoise et la famille identifie rarement les troubles alimentaires tout de suite. Il s’agit souvent de jeunes filles qui ont de petites rondeurs, au moment de la puberté, et qui disent se lancer dans un « petit régime ». Beaucoup de parents, à tort, les encouragent, même… Cependant, il faut être attentif dès que la perte de poids paraît rapide et importante. De même, la pratique intensive d’un sport et de nouveaux comportements, comme l’évitement de situations où il est question de manger, sont des indices. Dès que l’on s’inquiète, la première démarche peut être de consulter son généraliste. Ces médecins ne sont pas toujours suffisamment armés sur ces questions. Beaucoup vont conclure très vite à une « crise d’adolescence », mais ils peuvent déjà surveiller l’évolution du poids et l’état de santé général. Si le problème se précise, il ne faut pas hésiter à prononcer le mot « anorexie » ou « boulimie », ne pas en avoir honte et faire appel à un professionnel, psychiatre ou psychothérapeute, spécialiste, surtout, des troubles alimentaires. Le rôle des parents est fondamental. »

*Auteur de Comment aider votre fille à sortir de l’anorexie (ed. Odile Jacob)




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